Mon travail artistique est essentiellement constitué d'argiles et de minéraux. Il explore et s'inscrit dans une réflexion sur le corps et ses métamorphoses, sur la matière et les minéraux, en lien avec le soi, la protection et les objets qui nous entourent, dans un jeu questionnant l'amour, le lien et le retour à la terre.
 
Des guerriers du désir, personnages surmontés de formes gourmandes, aux fleurs qui semblent devenir humaines, aux objets quotidiens remplis d'animismes, ma recherche est en mouvement et l'être son bastion. 
Attirée par la nature humaine et sa risibilité, les manifestations corporelles, attraper ce monde, faire entrer dans la réalité un réel qui nous échappe, un réel joueur-joué est souvent de mise dans mon travail. 
Une chorégraphie, un rythme nécessaire pour réunir, pour déployer du sens et pour défier toute pesanteur. .

Rire, sourire de tout, ainsi « c’est un sourire qui s’adresse à celui qui le regarde » André Malraux dans un jeu circulaire qui entrecroise une beauté souvent renversée. 
 


Dans un jeu entre chute et éclosion, entre ancrage et instabilité, l’argile me permet tordre les formes et les minéraux me donnent un accès à l’inattendu, créant mes propres couleurs. Un travail que je conçois le plus souvent par série, une idée en entrainant une autre, je joue avec les titres que j’exploite dans le sens de mes sculptures.
Je travaille en amont par dessin, j’écris, à partir de là se forme une réflexion, telle des marches qui s’appuient sur de nombreuses lectures, de Platon à Rabelais, de Chastel à Le Breton. . Mon travail s’agence dans cette quête entre désir, jeu, cœur et humour.  

Je crée chez moi, à Paris et en pleine campagne, dans la région de Montpellier dont je suis originaire et où se trouve mon atelier. 
Mon rapport à la terre s’est déployé ici, au départ au lycée par la philosophie et par un besoin d’être en contact avec le malléable.
« L’amour est un caillou riant au soleil » disait Jacques Lacan, alors malaxons-le afin de ne pas en laisser une goutte, s’abreuver aux sources, comme une bouteille divine Rabelaisienne.



 
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Par Paul Ardenne, historien d'art
 

Culs par-dessus têtes
 

Sortez les monstres du Jardin des délices de Jérôme Bosch : corps tronqués, humains animalisés et animaux humanisés, figures de carnaval et grotesques... et vous obtenez Camille Sabatier et son art plutôt peu attendu. Face à vous, tout un monde de sculptures pas exactement explicites ou séductrices comme il conviendrait.

Rien ici de lisse, d'élégant, de gentil mais un curieux désordre des corps et des formes, plutôt. Que nous expose Camille Sabatier ? Des tetes humaines à l'envers, parfois superposées. Des personnages de très petite taille aptes à se recroqueviller dans votre main, et pouvant évoquer les anciennes "Vénus" paléolithiques. Des batraciens au ventre offert comme celui des écorchés de Vésale, mais vide, inorganique. Quoi encore, dans ce bestiaire d'êtres et de choses de glaise et de céramique que l'on croirait exhumé des scories d'un feu de bois abandonné ? Des bâtons, des colliers mystérieux accumulant autant d'amulettes que possible... Pas question de réalisme, de proportions strictes, de récit clair.

Camille Sabatier façonne avec la terre crue ou cuite un imaginaire plastique sans pieds ni poings liés. On y pérégrine entre le cauchemar de nos nuits d'angoisse existentielle, Francis Bacon et ses figures hurlantes, Dado et ses idoles boursouflées, le laboratoire où l'on gonfle jusqu'à les faire éclater les grenouilles comme s'il s'agissait de bœufs. Un univers d'excroissances, en vérité, comme ces verrues qui parfois blasonnent notre épiderme, à la fois horribles et fascinantes, intrigantes de toute façon. L'œuvre de Camille Sabatier, qui garde pour elle ses secrets de fabrique et son ressort essentiel, est le signe d'un incessant retour à un répertoire d'obsessions - les errances de la psyché, l'incertitude d'être, l'aspiration à des univers autres, non normés... L'art est désir et comme tel, ouverture et réitération. Il ne naît pas forcément du jour et de la nuit mais il en accompagne la traversée.

Paul Ardenne

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Par Genevieve Fabre Petroff, 2020


 
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Par Marie-Christine Harant, 2000